Le Blog de l'Eau

Après le printemps le plus chaud et le plus sec depuis le début du XXème siècle, la France a vécu un mois de juillet particulièrement pluvieux. Une eau tombée du ciel qui vient redonner des idées à certains : la récupérer pour pallier à des manques d’eau locaux et ponctuels.

Une solution alternative pour les usages industriels ou d’irrigation…

L’eau de pluie est une alternative dont l’utilisation protège les ressources en limitant les prélèvements. L’eau récupérée, en général par le biais des toitures, est ensuite stockée dans une cuve au lieu d’être redirigée vers le réseau d’assainissement. Elle peut être utilisée sans risque pour les usages industriels qui ne nécessitent pas d’eau potable, comme par Renault dans son usine de Maubeuge pour la chaîne de fabrication de ses véhicules, ou encore l’aéroport d’Orly pour son circuit de climatisation.

… qui requière une vigilance accrue pour les usages domestiques

Mais contrairement à une idée reçue, l’eau de pluie n’est pas pure : elle est impropre à la consommation. Se chargeant de particules au contact de l’air et au contact des sols et des revêtements sur lesquels elle ruisselle, elle est polluée et vecteur de maladies. C’est pour éviter tout risque de contamination que les autorités sanitaires françaises ont longtemps limité son utilisation aux usages domestiques extérieurs à la maison comme l’arrosage ou le nettoyage des véhicules. La Loi sur l’eau et les milieux aquatiques de 2006 (la LEMA) a ouvert la voie à une utilisation plus large, y compris à certains usages intérieurs (lavage des sols, évacuation des WC) ; mais la Direction Générale de la Santé déconseille toujours vivement de récupérer l’eau de pluie pour tout usage en contact direct avec le corps humain (usages alimentaires, hygiène corporelle, douche, machine à laver….).

Récupérer et traiter l’eau de pluie ne se limite pas à la simple mise en place d’une cuve à la sortie d’une gouttière : c’est une technologie qui nécessite une vigilance permanente et une expertise technique.

Arroser les espaces verts, laver des voitures, alimenter des process industriels, recharger des nappes phréatiques ou encore irriguer des cultures avec des eaux usées retraitées, voilà une approche innovante et respectueuse de la ressource en eau, déjà mise en oeuvre dans un certain nombre de pays du monde.
Mais attention : Il ne s’agit de l’eau usée « brute » sortie de chez vous et coulant de vos canalisations jusqu’à l’usine de dépollution, mais d’eaux usées retraitées, c’est-à-dire ayant suivi une filière de dépollution spécifique afin de pouvoir être réutilisées. Les normes qui régissent la qualité des eaux usées pour un nouvel usage sont très sévères, et traitement employé dépend à la fois de la qualité initiale des eaux traitées et de l’usage auquel elles sont destinées. Les solutions technologiques existent et garantissent une sécurité maximale.

« l’eau est trop précieuse pour n’être utilisée qu’une fois »

Pourtant en France, réutiliser les eaux usées après traitement reste une solution encore peu exploitée, du fait d’une législation contraignante limitant leur réutilisation, d’un manque d’information du grand public, et d’une situation de relative abondance des ressources en eau dans notre pays. Pourtant, comme le rappelle Antoine Frérot, PDG de Veolia Environnement, face aux pénuries d’eau dans certaines régions du monde ou localement en France comme lors d’épisodes ponctuels de sécheresse, « l’eau est trop précieuse pour n’être utilisée qu’une seule fois ». Certaines collectivités utilisent même déjà les eaux usées retraitées pour leur consommation d’eau potable (comme à Windhoek en Namibie, ou à Singapour), ce qui n’est pas encore autorisé en France.

De plus, la réutilisation des eaux usées après traitement présente un avantage économique dans les régions arides où l’eau recyclée coûte moins cher que le dessalement par exemple, autre ressource alternative. Ainsi produire un m3 d’eau potable coûte en moyenne 10 centimes d’euro à partir d’une nappe phréatique, 45 centimes à partir d’eau usée et 70 centimes à partir de l’eau de mer.

Enfin, les eaux usées ont la particularité d’être les seules ressources en eau disponibles en permanence (non soumises aux aléas climatiques) et dont le volume croît proportionnellement au développement économique et à la consommation. Ainsi utiliser des eaux usées retraitées peut être une solution pertinente pour les collectivités touristiques balnéaires ou de montagnes. C’est au moment de l’afflux touristique que la demande y est la plus forte, précisément lorsque leurs ressources viennent à baisser (en hiver en montagne où l’eau est moins disponible à l’état liquide, en été sur les côtes littorales où du fait de la chaleur les ressources peuvent diminuer). Or en parallèle, l’afflux touristique augmente la production d’eaux usées. Par exemple, pourquoi ne pas produire la neige artificielle des stations de ski avec des eaux usées en plein boom touristique ?

Selon une étude récente du Ministère de l’Environnement, la performance globale des réseaux d’eau potable en France s’améliore d’année en année.

Grâce aux opérations de maintenance et de renouvellement des canalisations, et aux progrès réalisés dans les dispositifs de surveillance, de mesure et d’intervention, la réduction des fuites permet d’économiser chaque année l’équivalent de la consommation annuelle de la ville de Lyon (près de 500 000 habitants).

Des technologies au service des réseaux et des consommateurs

Sur les 850 000 kilomètres de réseau en France, 300 000 sont gérés par les entreprises de l’eau. Les technologies qu’elles développent aujourd’hui pour l’entretien ou le renouvellement des réseaux sont devenues très sophistiquées.
Par exemple, les techniques de recherche de fuites par corrélation acoustique ou encore l’inspection vidéo de l’intérieur des canalisations ont permis de gagner en efficacité et en rapidité d’intervention.
La sectorisation des réseaux amène une mesure plus fine des débits et des pressions 24 heures sur 24 et une localisation plus rapide des problèmes.
De plus, il est désormais possible de poser une nouvelle conduite (ou de renouveler une canalisation existante) sans ouvrir de tranchée : les travaux se font grâce à des mini-tunneliers de creusement, des robots téléguidés d’intervention et des procédés d’extraction, évitant ainsi les gênes pour les usagers et les riverains, tout en préservant leur cadre de vie.
Enfin, les systèmes de télé-relevé des compteurs d’eau permettent de suivre en temps réel les consommations et donc la performance du réseau, tout en améliorant le service au client : pas de dérangement, car pas d’accès physique au compteur, une facture basée sur la consommation réelle et non estimée, la détection de fuites révélées par les surconsommations, la consultation de la consommation sur Internet…

-    Pouvons-nous améliorer encore la chasse aux fuites ?
-    Investissons-nous suffisamment sur notre réseau d’eau potable ?
-    Comment définir une bonne politique de gestion patrimoniale ?

Toutes les réponses à ces questions ICI

Un Printemps 2011 exceptionnellement sec et chaud

Le Printemps 2011 a été exceptionnellement sec et chaud : le plus sec du XXème siècle, le plus chaud de ses cinquante dernières années. En effet, du fait du déficit pluviométrique de cet hiver et de ces dernières semaines (-8% de précipitions entre septembre 2010 et mars 2011, – seulement 46% du cumul moyen de référence 1971-2000 au printemps), et des températures exceptionnellement élevées des mois dernier (+4 degrés C° en avril, + 2,5 C° par rapport à la moyenne de référence des printemps 1971-200), la France connait en plusieurs points de son territoire une sécheresse importante, plus sèche encore à ce jour qu’en 1976, année de sécheresse pourtant particulièrement rude.
A ce jour 58 départements ont pris des mesures restreignant les usages d’eau localement. Concrètement en cas d’insuffisance avérée des ressources en eau, c’est le Préfet qui prend des mesures de limitations sur un espace et pour un temps donné. Tous les usagers, particuliers, industriels, agriculteurs, entreprises ou collectivités locales, sont alors incités à des économies d’eau, comme réduire l’arrosage des espaces verts, le lavage des voitures, le remplissage des piscines, l’établissement de plages horaires pour l’irrigation ou le ralentissement voire la limitation de certaines activités industrielles fortes consommatrices d’eau.
Pour autant, la France n’est pas en situation de stress hydrique généralisé : si certaines régions manquent d’eau, d’autres n’ont pas de problèmes. En moyenne, les précipitations annuelles s’élèvent sur le territoire métropolitain à 480 milliards de m3 (pluie et neige), et les prélèvements en eau n’en représentent que 33,5 milliards, dont 6 destinés à la consommation d’eau potable. Ainsi, il n’existe pas à ce jour de risque concernant l’alimentation en eau potable en France. C’est sur l’eau pour l’agriculture (50% des consommations, stables après une forte hausse depuis les années 1980) et pour les usages industriels (22% des consommations totales, – 30% depuis les années 1970) que localement les tensions pourraient être les plus fortes.
Par ailleurs, la ressource en eau étant locale (et difficilement transportable sur de grandes distances), limiter sa consommation d’eau à Metz par exemple -où il ne manque pas d’eau-, ne permettra pas aux Toulousains d’en avoir davantage !

Les Opérateurs d’eau et d’assainissement, moteurs d’accompagnement

Enfin, si la politique de l’eau en France relève des élus, les opérateurs privés des services d’eau et d’assainissement sont vigilants depuis de nombreuses années à utiliser au mieux l’eau et à en optimiser les usages.
Ils se mobilisent pour aider les collectivités à améliorer la performance de leur réseau, et la lutte contre les fuites est une préoccupation de chaque instant (recherche par corrélation acoustique, inspection vidéo, etc). Le télé-relevé des compteurs d’eau permet lui de déceler des fuites car il permet à la fois au distributeur et au consommateur de suivre en temps réel l’état de la consommation, et de donner l’alerte en cas d’écart important. Selon le Ministère de l’environnement, ces efforts se sont traduits par une amélioration moyenne de 2 % du rendement des réseaux : le taux de perte moyen s’établissait à 21,9 % en 2008, contre 23,7 % en 2004.
De plus, les opérateurs privés proposent de nombreuses innovations technologiques pour protéger les ressources et limiter les tensions sur l’eau, comme la réutilisation des eaux usées pour l’arrosage des espaces verts ou des golfs, ou encore la recharge artificielle des nappes.
En conclusion, il est nécessaire de regarder les tensions sur la ressource et les usages qui en sont fait au niveau local plutôt qu’au niveau national, afin de cibler les plans d’action et les adapter aux besoins de chaque collectivité. Cependant, tout objectif national pour améliorer la gestion de l’eau pendant les périodes de sécheresse, appelées à se reproduire dans les années à venir selon les climatologues, est légitime et ambitieux : une locomotive stimulante pour les opérateurs qui sont à même d’accompagner les collectivités locales dans ses nouveaux défis à venir.

La tarification de l’eau en France se décompose dans la grande majorité des cas en deux parties : la partie fixe (ou abonnement), et la part variable, calculée selon le  volume d’eau consommé.

En effet, plus de 85% à 90% des coûts des services publics d’eau et d’assainissement ne dépendent pas (ou très peu) des quantités d’eau consommées : investissements et entretien du patrimoine (usines de potabilisation et de dépollution, canalisations, châteaux d’eau…), facture énergétique de ces infrastructures, services au client, salaires des techniciens et agents, analyses et contrôles qualité…

Même si les clients ne consomment pas d’eau, le fait d’avoir déployé ces installations leur mettant à disposition à tout moment de l’eau de bonne qualité et une capacité à la dépolluer après son utilisation a un coût.

Face à cela, il serait déraisonnable pour l’équilibre économique des services publics d’eau et d’assainissement de n’avoir que des recettes qui soient totalement variables.

L’abonnement reste toutefois limité en France puisqu’il ne représente en  en moyenne que 20% des recettes ! C’est la partie variable (la consommation d’eau) qui représente l’essentiel des revenus de la collectivité pour gérer son service ; pourtant, ces consommations baissent régulièrement depuis de nombreuses années tant pour des raisons économiques, écologiques que structurelles : développement d’appareils électro-ménagers plus économes en eau, remplacement des bains par les douches, rationalisation des process industriels, recherche de fuites dans les immeubles collectifs….

Si cette baisse est vertueuse d’un point de vue écologique, elle rend problématique l’équilibre économique actuel des services d’eau. La part fixe permet ainsi d’amortir l’incertitude liée aux consommations.

Comment est fixé le montant de l’abonnement ?

Comme pour l’ensemble des paramètres de la facturation du service d’eau et de d’assainissement, le choix du montant de la part fixe relève de la décision de la collectivité, selon les spécificités locales de la ressource et de l’exploitation du service.

La Loi sur l‘Eau et les Milieux Aquatiques (la LEMA) de 2006 a plafonné la part fixe à 30% pour les communes urbaines, à 40% pour les communes rurales, au plus tard au 1er janvier 2012, sur la base d’une facture de 120M3.

Des exceptions sont prévues par la loi pour certaines communes classées touristiques, dont la liste est fixée par décret, pour une meilleure équité dans la répartition des coûts entre résidents et saisonniers car la variation de population y est importante, et que l’habitat parfois dispersé y entraine des frais importants de raccordement et entretien de réseau.

La part fixe permet l’égalité de traitement des usagers.

En effet sans celle-ci, un client ayant une résidence secondaire ne paierait potentiellement rien alors qu’il a un accès à l’eau et à l’assainissement 24h/24 et 7j/7.

La part fixe permet ainsi d’associer les vacanciers ou résidents temporaires au financement du service public de l’eau, qui sinon serait majoritairement financé par les résidents à l’année, qui eux ne peuvent parfois pas partir en vacances.