Extraits du rapport d’évaluation du Grenelle de l’Environnement – Octobre 2010 (Nicole Notat, Alain Grimfeld, Jean Jouzel, Bruno Gazeau, Alain Liebard, Philippe Pelletier, Jean-François Legrand, et la société Ernst&Young)
La mise en place du plan Ecophyto 2018 représente une avancée majeure pour la réduction des risques liés aux produits phytosanitaires
« Deux engagements importants ont été pris dans le cadre du Grenelle de l’Environnement : réduire de 50% en 10 ans l’utilisation de pesticides (d’ici 2018) et retirer du marché les préparations contenant les 53 substances actives les plus préoccupantes, le tout sous réserve de substituabilité des produits et substances concernées, à raison de 30 avant la fin de l’année 2008, 10 d’ici 2010, et une réduction de 50% d’ici fin 2012 des produits pour lesquels il n’existe pas de substitut.
Lancé en septembre 2008 par le Ministère de l’Agriculture, le plan Ecophyto 2018 prévoit les mesures suivantes :
• acquérir de nouvelles données sur les pratiques d’utilisation des pesticides,
• accompagner et former les agriculteurs pour la réduction et la sécurisation de l’utilisation des pesticides, notamment via un réseau de 3000 fermes pilotes,
• développer la recherche en matière de systèmes de cultures et d’itinéraires techniques économes en pesticides,
• renforcer les réseaux de surveillance sur les bio-agresseurs et sur les effets non intentionnels de l’utilisation des pesticides,
• réduire et sécuriser l’usage des produits phytosanitaires en zone non agricole.
Doté d’un budget de 206 millions d’euros pour les trois premières années, Ecophyto a créé un indicateur spécifique pour le suivi de l’usage des pesticides : le NODU (nombre de doses unitaires spécifiques de la substance active). Au total, grâce à ce plan, 30 substances utilisées dans 1 500 produits ont été retirées fin 2008, tandis que 10 autres doivent l’être d’ici 2012.
Concernant l’utilisation des pesticides hors zone agricole, un accord-cadre pour réduire l’usage des pesticides par les jardiniers amateurs a été signé en avril 2010 avec les principaux acteurs de la distribution des pesticides et des associations de jardiniers amateurs (engagement 129). Un second accord-cadre relatif à l’usage professionnel des pesticides en zones non-agricoles a été signé en septembre 2010, avec des représentants de collectivités territoriales et les principaux acteurs de l’usage professionnel des pesticides. Une campagne de communication nationale à destination des jardiniers amateurs a également été lancée en juin 2010.
Les pouvoirs publics soutiennent la mise en place du réseau d’expérimentation et de démonstration en défendant le respect d’un niveau d’ambition important en matière de réduction de l’usage des pesticides dans les cahiers des charges retenus pour les 3 000 fermes pilotes. L’étude Ecophyto R&D a en effet pu montrer qu’une réduction de l’ordre de 35 à 40 % du recours aux pesticides serait possible avec des changements de pratiques substantiels, sans perte de marges pour les agriculteurs.
La loi Grenelle 2 a inscrit dans le droit français des interdictions de traitement aérien, sauf dérogations, ou d’utilisation de pesticides à proximité de lieux accueillant des populations sensibles, et a également mis en place un encadrement spécifique des activités de vente, d’application à titre professionnel, ou de conseil en matière de produits pesticides. Un encadrement strict de la publicité pour les produits phytosanitaires à destination des jardiniers amateurs est prévu, mais non son interdiction, comme initialement souhaité par le Grenelle. Enfin, les dérogations accordées pour l’épandage aérien doivent encore faire l’objet également d’un encadrement strict.
Ces mesures constituent un tournant majeur pour la réduction des risques liés aux pesticides, et sont saluées par l’ensemble des parties prenantes de la table ronde sur l’agriculture, qui estiment que ces mesures, fondées sur la sensibilisation, la formation et la généralisation des pratiques innovantes, sont en mesure de porter leurs fruits. »