Le Blog de l'Eau

20/04/10

« Rémunération », « profits », « frais de siège », « enrichissement des actionnaires » : ce qui se cache derrière ces « gros mots »…

Les Entreprises de l'eau

Toute entreprise qui apporte un service à ses clients est rémunérée pour son travail : cette somme correspond à son « chiffre d’affaires ».
Ainsi, les entreprises de l’eau sont rétribuées pour les tâches qu’elles mènent quotidiennement : exploitation et maintenance des usines et des réseaux, interventions courantes et gestion des crises, relation avec les clients. La plus grande partie de cette rémunération (parfois appelée « part fermière », puisque c’est la partie de la facture d’eau qui est affectée au délégataire, ou « fermier ») couvre les salaires des personnels qui assurent localement le service. Le mode de rémunération est prévu dans le contrat qui la lie à la collectivité.

La marge du délégataire

Toute entreprise (publique ou privée) doit par ailleurs réaliser une marge (bénéfice) en fin d’année afin d’assurer sa pérennité et son développement : une entreprise qui ne réalise pas de marge est vouée à disparaître et donc à détruire de l’emploi.

Comme dans toute entreprise, la marge d’une entreprise délégataire correspond à ce qui reste après déduction de toutes les charges auxquelles elle doit faire face pour assurer sa mission (salaires, consommation d’énergies, matériels, locaux, assurances, impôts, frais de siège, analyses, etc).
Parmi ces charges, les frais de siège (ou contribution aux services centraux) correspondent à des fonctions mutualisées qui contribuent directement ou indirectement à la bonne marche du service local : on pourra citer les services techniques centraux, l’assistance et l’appui technique aux exploitations, les centres de recherche et de développement, la veille et l’expertise juridique et réglementaire, l’informatique et les systèmes d’information clientèle, la gestion financière, ainsi que toutes les fonctions « classiques » des sièges d’entreprises (ressources humaines, achats, etc).

Après déduction de toutes ces charges apparaît la marge de l’entreprise ; cette marge est connue, contrat par contrat, car elle apparaît dans le compte de résultat du rapport annuel du délégataire, remis chaque année à la collectivité.

La particularité de la marge réalisée par une entreprise délégataire de service public réside dans le fait que l’on ne peut pas la mesurer uniquement sur une année, car elle varie d’une année à l’autre par exemple en fonction des conditions climatiques, de la survenance d’une crise ou d’une pollution, ainsi que des gains de performance réalisés sur les pratiques d’exploitation. Il est ainsi communément constaté que la marge augmente, toutes choses égales par ailleurs, avec le temps : par exemple, plus les collaborateurs connaissent le terrain, plus les interventions sont rapides. De la même façon, si la ressource en eau est de qualité irrégulière, la meilleure connaissance de ces variations augmente l’efficacité de la mise en œuvre des actions correctives.

Il est donc plus pertinent de parler de marge moyenne sur la durée du contrat. Car la marge constatée dans les dernières années d’un contrat peut paraître « élevée », mais la marge moyenne sur la durée du contrat est toujours raisonnable : en France, la marge moyenne des entreprises de l’eau est d’environ 7 % après impôts ; d’autres grands services publics (ou services essentiels) présentent des marges nettement supérieures.

Les dividendes des actionnaires

Une partie de cette marge est affectée à l’entreprise (pour son développement et ses investissements propres), une autre est destinée aux actionnaires.

Mais qu’est-ce qu’un actionnaire ? C’est un « copropriétaire » qui a investi dans l’entreprise et qui lui permet de se développer grâce à son apport financier (en échange de son « titre de copropriété », l’action), et donc in fine d’assurer un service de meilleure qualité.
Et qui sont les actionnaires ? L’Etat, les salariés, le grand public, les consommateurs, d’autres entreprises, des entrepreneurs…
Ainsi, après avoir utilisé l’argent apporté par les actionnaires pour son développement, l’entreprise les rémunère – sous forme de « dividendes » – et leur rend des comptes (car les actionnaires n’attendent pas uniquement un retour sur investissement, ils ont également des exigences en termes de durabilité, d’éthique et de responsabilité sociale et sociétale).

Pour les 40 plus grandes entreprises françaises cotées, dont des entreprises publiques, le rendement des dividendes payés en 2010 (sur les résultats 2009) oscille entre 0 et 8%. A titre de comparaison, le rendement moyen dans l’immobilier en 2009 était de 6%, et celui du livret A est passé en cours d’année de 4% à 1,25%. Les dividendes versés aux actionnaires sont donc raisonnables et sont fonction de la capacité des entreprises à se développer durablement.

En conclusion, il est totalement faux de dire que la réalisation d’un profit est un but en soi pour une entreprise privée : ce n’est pas une fin, mais un moyen garantissant la pérennité des emplois et de l’activité.

One Response to “« Rémunération », « profits », « frais de siège », « enrichissement des actionnaires » : ce qui se cache derrière ces « gros mots »…”

  1. La grande différence entre la gestion privée (déléguée) et public (régie) c’est que la marge n’a pas le même usage.

    La marge des entreprises privée revient aux actionnaires. Ces actionnaires recherchent principalement le meilleur rendement possible, c’est le fonctionnement du marché.

    La marge en régie est entièrement utilisée pour améliorer le service d’eau (la loi prévoit que le financement de l’eau est assuré par l’eau, impossible pour une commune par exemple de récupérer la marge pour l’utiliser à autre chose que le service de l’eau). Ainsi toute la marge devient un investissement sur la futur.

    Dans un cas les 5 à 8% de marge sont reversés aux actionnaires et dans l’autre réinvesti directement dans le service.

Laisser un commentaire

Commentaire