Permettre l’acheminement d’une eau saine à toute la population, telle est la raison d’être des réseaux d’eau potable en France, un patrimoine estimé à 200 milliards d’euros.
Prenons-nous suffisamment soin de ce réseau ? Est-il en bon état, y a-t-il trop de fuites dans les réseaux en France ? Ces questions, qui reviennent de façon récurrente dans les médias, déclenchent parfois des polémiques qui n’apportent pas vraiment de réponse éclairée.
L’analyse est souvent courte et incomplète, la conclusion hâtive : la fuite d’eau est mauvaise pour le porte-monnaie et pour l’environnement, les « mauvais élèves» sont pointés du doigt ; quiconque dépasserait un seuil « acceptable » serait un mauvais gestionnaire et accusé du «gaspillage» intolérable de la ressource.
Mais la réalité n’est pas aussi simple et il convient de creuser sous les angles structurels, techniques, économiques et écologiques pour s’apercevoir qu’il ne peut y avoir de pensée unique en la matière : chaque service d’eau potable a ses propres spécificités.
La France compte 850 000 kilomètres de canalisations d’eau, soit plus de deux fois la distance de la Terre à la Lune ! Un réseau immense, donc, qui s’est considérablement développé, notamment dans la seconde moitié du XXe siècle, pour couvrir aujourd’hui la totalité du territoire. Plus qu’un réseau, c’est un patrimoine qu’il faut entretenir pour garantir la continuité du service public de l’eau ; un patrimoine estimé à plus de 200 milliards d’euros.
Première observation : il s’agit d’une somme de réseaux locaux souvent non interconnectés, et non pas d’un seul réseau national, contrairement à l’électricité par exemple, car la distribution d’eau est un service public local utilisant une ressource locale. La pose des réseaux en France a été très hétérogène dans le temps, ce qui explique un âge très variable selon les collectivités. Les réseaux urbains en centre-ville se sont majoritairement construits avant la Première Guerre mondiale et les réseaux ruraux se sont plutôt développés dans les années 1960 à 1980. Certaines collectivités urbaines ont ainsi des réseaux très anciens, tandis que des collectivités rurales ont des réseaux plus récents.
Des réseaux d’âges variables, faits de divers matériaux et subissant des contraintes variables
Une observation structurelle qui en entraîne une autre, technique celle-là : les matériaux utilisés sont différents selon les époques : 55 % des réseaux sont en fonte (grise ou ductile), 38 % en PVC, le reste dans des matériaux divers tels que l’amiante-ciment, l’acier ou le polyéthylène. Des matériaux qui réagissent différemment à l’usure naturelle, aux vibrations, aux mouvements de terrain ou à la topographie… Là encore, les collectivités ne sont pas sur un pied d’égalité : montagne ou plaine, ville ou village, forte ou faible densité, état de la voirie, aménagement urbain… tout peut jouer sur la durée de vie des canalisations.
Ainsi, il n’est pas rare de voir des conduites centenaires poser moins de problèmes que des canalisations plus récentes : l’âge des conduites ne peut pas être le seul critère de décision concernant le renouvellement des réseaux. Car les questions de rendement et de renouvellement sont bien le nœud du problème, lorsqu’il est pris sous l’angle économique : quelle nécessité d’investissement ? Quels choix de gestion de patrimoine?
Renouveler ou réparer ?
Comment définir la bonne politique de gestion patrimoniale ?
Changer un mètre de réseau (de diamètre < 100 mm) coûte environ 150 euros, soit 150 000 euros le kilomètre. La réparation d’une fuite coûte, quant à elle, environ 1 000 euros. Si l’on raisonne avec le seul critère économique, il faudrait donc 150 fuites au kilomètre (soit une tous les 7 mètres !) pour que le renouvellement soit rentable. Ce calcul mène à réaliser un minimum de renouvellements et à réparer beaucoup de fuites, générant autant de perturbations pour les consommateurs et pour la voirie. La « bonne » politique de renouvellement se situe à mi-chemin des deux solutions : elle vise à optimiser la durée de maintien en service des réseaux, c’est-à-dire à choisir en permanence entre renouveler et réparer les réseaux. Le critère de choix du niveau d’investissement nécessaire est donc essentiellement la performance souhaitée du service d’eau potable en termes de qualité de l’eau distribuée, de continuité de service et de pertes en eau. Ce dernier point nous amène à la croisée des chemins économiques et écologiques. Quel rendement viser ? Le plus haut possible ? Quoi qu’il arrive, il est vertueux de chercher à améliorer la performance des réseaux : tel est l’esprit du Grenelle de l’Environnement. Toutefois, attention aux idées reçues en la matière, notamment sur la notion de « gaspillage ». L’eau qui fuit des canalisations a certes été ponctionnée dans la ressource brute et traitée inutilement, mais elle n’est pas « perdue » : elle ne disparaît pas et réintègre le cycle naturel de l’eau. Ensuite, il ne faut jamais perdre de vue l’optimum économique : il y a un seuil à partir duquel le gain d’un point de rendement a un coût disproportionné par rapport à l‘économie générée (même en quantifiant un coût complet d’utilisation de la ressource) ; une augmentation qui peut en outre s’avérer inacceptable pour le consommateur. Et ce seuil est variable selon les services.
Le Grenelle, de nouvelles exigences pour les collectivités et leurs opérateurs
Le Grenelle de l’Environnement a donc prévu la mise en place de plans d’actions lorsqu’une collectivité enregistre un taux de perte supérieur à un taux défini localement selon des caractéristiques de ressource et de service. On le voit, la gestion des réseaux d’eau potable en France doit être considérée au cas par cas, en fonction de nombreux paramètres, et la prise de décision en la matière n’est pas simple.
À ce jour, 28 000 communes déclarent avoir les plans à jour de leur réseau : parmi elles, 15 000 disposent
d’un système de repérage informatique pour au moins une partie de leur réseau. Les opérateurs privés sont prêts à mobiliser tous leurs savoir-faire et expertises pour aider les collectivités à atteindre les objectifs fixés. Ils se sont engagés, au travers d’une charte pour la gestion du patrimoine, à proposer aux collectivités les outils adaptés de connaissance et d’aide à la décision, ainsi que les solutions technologiques qui garantiront, sur le long terme, le niveau de performance du service qu’elles souhaitent. Une mission de conseil et d’aide à la décision, qui contribue à atteindre l’optimum économique/ écologique et à offrir aux usagers un service performant au meilleur coût.





